(sous forme de lettre ouverte à son maire)
Monsieur le maire, qu'est-ce qui se passe à Saint-Sébastien ? Il y a un an, votre retour quasi quotidien dans les journaux annonçait votre future victoire aux municipales, une victoire annoncée comme le triomphe du pluralisme démocratique et de l'apolitisme généreux, sur le sectarisme idéologique et les manoeuvres politiciennes. Pourtant, le climat nauséabond qui avait clos la campagne ne s’est pas dissipé : à l’époque, j’avais ressenti la majorité actuelle comme un clan bien décidé à conserver la mainmise sur la ville, même au prix de coups bas d’un autre âge. Le temps a passé, et c'est comme si désormais, une chape de plomb s'abattait sur la communication municipale.
Il y a d'abord eu le silence assourdissant de la mairie sur les démissions massives au sein du Conseil Municipal Jeunes, suite à la reprise en main musclée par quelques personnes de la municipalité, d’une manifestation organisée par les jeunes de ce Conseil pour les jeunes de la ville. Reprise en main au nom de l'habituelle irresponsabilité de la jeunesse.
Puis cette série, dans Ouest-France, de portraits : les nouveaux adjoints y expliquent notamment que, s'ils ont franchi le pas d'un engagement politique, c'est à cause de Joël Guerriau, l'homme. Belle confirmation, s'il en était besoin, de votre aptitude à la gentillesse, au serrage de poignées de main et la convivialité vernaculaire. En parcourant ces portraits, on se demande ce qu'ils servent : s'agit-il de présenter leur parcours au demeurant sympathique, ou bien, en creux, n'est-il pas encore une fois question de cet homme incontournable et indispensable, vous, autour de qui toute la vie municipale doit tourner ?
Le dernier acte se jouait le premier dimanche de janvier, à la lecture du journal municipal. A priori, rien de bien exotique dans ce genre de revue qui énumère que tout va bien dans le meilleur des mondes qu'est Saint-Sébastien. C'est la loi du genre, contentons nous en.
Le « meilleur » est pour la fin, dans la rubrique « Tribune » où majorité et opposition peuvent donner libre cours à leurs idées. En lisant cette tribune, j’ai été abasourdi du ton du discours majoritaire : haineux, rien de moins. Sous prétexte de réagir à des attaques personnelles, vous Monsieur le maire, premier de la liste, vous livrez aux mêmes attaques personnelles contre Dominique Raimbourg entre autres. Vous nous en remettez une couche, que dis-je : un blindage, sur la supposée ouverture de votre équipe comparée à la non représentativité de l'opposition. Est-il sain de stigmatiser ainsi une partie de la population (en l'occurrence : les fonctionnaires et les retraités) contre une autre ?
Au final, cette ambiance, alourdie de surcroît par ce qu'on soupçonne sans pouvoir vérifier (projets d’urbanisme, fonctionnement des centres sociaux, attributions des subventions aux associations), dégage le sentiment qu'à Saint-Sébastien, il ne fait pas bon être d'un avis différent du maire, ce qui est très fâcheux quand celui-ci se proclame héraut de la démocratie. On pourrait même craindre que nombre de sébastiennais n’osent plus dire ce qu’ils pensent, de peur de perdre leurs subventions ou la position dans laquelle on les flatte…
Il me semblait qu’à l’inverse, la position de maire appelait à l’exemplarité dans le débat démocratique, en particulier vis à vis des gens qui ne sont pas du même bord que vous. C’est la moindre des choses pour résister à l’esprit de clan et de copinage, poisons de la vie ensemble.
R. Gourdon, Janvier 2009
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