mardi 8 février 2011

REUNION PUBLIQUE SUR LES RELATIONS INTERNATIONALES
A SAINT SEBASTIEN

Le 2 décembre dernier, en soirée, CAP à gauche organisait au centre Jean Macé une rencontre débat sur le thème de la politique municipale en matière de relations internationales. Les débats ont permis d’éclairer la problématique et de dégager des pistes de travail sur la manière de concilier les jumelages traditionnels avec le développement nécessaire de la coopération nord sud. Mais pour avancer y a-t-il à Saint Sébastien la volonté politique conséquente ?


Cette réunion a réuni plus d’une trentaine de personnes

Pourquoi cette réunion ?
Dans de nombreuses communes, comme à saint Sébastien, se sont crées des jumelages avec des villes étrangères. Ces jumelages ont été motivés d’abord, par le désir de favoriser la réconciliation franco allemande, puis par la volonté de rapprochement avec d’autres peuples européens, notamment sous l’influence des professeurs de langues, puis par le désir de nouer des contacts à l’est et parfois d’aider au désenclavement, après l’effondrement du bloc soviétique, enfin, par le développement de la coopération nord sud.
Quel sens, peuvent avoir aujourd’hui ces jumelages, au-delà de la recherche de « l’exotisme », de la pratique d’une langue étrangère, ou de rencontres festives ? Quels impacts ont-ils sur la population ? Comment y intéresser la population et en particulier les jeunes ?


Pour y réfléchir nous avions pris contact avec les municipalités de Rezé et de Bouguenais et l’ensemble des associations de jumelage de notre commune pour un échange de vue, aussi large que possible. Un empêchement de dernière minute, a empêché la mairie de Rezé d’y participer, mais, la mairie de Bouguenais et deux associations sébastiennaises représentant les jumelages avec Kaposvar et Glinde étaient représentées. Les échanges furent animés, intéressants et riches, tout au long de la soirée. Il en ressort les éléments qui suivent.

La mairie de Bouguenais, représentée, par une élue, référente d’un jumelage, et un fonctionnaire en charge des jumelages, nous présentaient l’expérience de leur commune.
Les relations internationales y sont portées par plusieurs élus, travaillant ensembles, témoin de la volonté de tout le conseil de s’investir dans ce travail. Il n’existe pas de comité de jumelage, mais une seule association, « Bouguenais jumelage ». A l’origine, les projets de jumelage étaient gérés par une commission extra municipale, qui s’est progressivement ouverte aux volontaires, avant de devenir en 1992 une association, qui agit dans le cadre d’une politique municipale définie avec les communes jumelées. Les élus ont voix consultative dans cette association. Chaque ville partenaire a son élu de référence, sans exclusive, ainsi un élu de l’opposition qui a une longue expérience des échanges avec les allemands est responsable des échanges franco allemands.
Les relations internationales y sont marquées par des valeurs politiques que la Ville veut promouvoir : solidarité, développement durable, laïcité, égalité homme-femme… Ces valeurs clairement identifiées comme objectifs servent aussi de critères dans les décisions à prendre. Il s’agit de faire partager ces valeurs dans un véritable échange réciproque, où chacun doit trouver son compte. Ce partage a vocation à devenir transversal et concerner toutes les villes jumelées.
Le choix des villes partenaires est parfois porteur de sens politique : soutien à la Palestine, soutien d’une ville nicaraguayenne suite à une catastrophe naturelle (cette ville, se situant dans l’opposition vis-à-vis du gouvernement central, n’avait pas reçu l’aide nécessaire).
Ces échanges avec ces deux pays sont empreints d’une grande richesse. Les Palestiniens demandent peu d’aide matérielle, mais sont très demandeurs d’échanges culturels, philosophiques, politiques.
L’aide vers le Nicaragua s’établit avec le concours d’une ONG sur place, qui implique la population dans les projets de développement, d’éducation.et rend compte des actions menées.
L’organisation associative de Bouguenais n’a pas la diversité de Saint Sébastien : une seule association recouvre l’ensemble. Mais il s’agit d’un choix politique destiné à promouvoir une démarche construite et cohérente.
Par ailleurs l’association est aussi confrontée à un phénomène de vieillissement des adhérents et à la difficulté de mobiliser la population sur les enjeux.


Le système instauré à Saint Sébastien est différent. Il comporte un office municipal, l’OMRI, constitué en association, présidé par une ancienne élue, désignée par le maire, et des représentants des structures de jumelage avec Glinde, Kaposvar, Porthcawl, Cernavoda et Kati qui peuvent prendre la forme d’une association ou d’une opération décentralisée.

L’association de Glinde est typiquement une association créée dans le cadre de la réconciliation franco allemande. Dans ce cadre elle a développé les échanges mutuels de personnes, en particulier de jeunes, ainsi que la promotion de la langue allemande. Elle retrouve un nouveau souffle avec l’Europe et la recherche du développement d’un esprit européen.
L’association de Kaposvar s’inscrit dans les expériences tirées de la chute du mur de l’est. Il s’agissait d’abord, de promouvoir les échanges avec des Sébastiennais, désireux de découvrir un pays très différent du nôtre, ensuite et surtout de permettre aux Hongrois de découvrir un pays occidental. Mais, l’action de l’association s’est aussi orientée vers des manifestations culturelles, expositions, conférences, rencontres autour d’un thème ou de produits. Enfin elle a développé des actions de solidarité, notamment avec les populations frappées par les boues rouges.

Le débat qui a suivi a mis en exergue trois problématiques.

1/ Y a-t-il lieu de bousculer les orientations traditionnelles de la coopération internationale, jugées par certains un peu dépassées, pour aller davantage vers le soutien et la coopération avec des pays en voie de développement ?

Cette position est soutenue par quelques intervenants qui considèrent que les motivations à l’origine des jumelages n’ont plus d’objet, et que ceux ci risquent de tomber dans le pur loisir.
Elle est vivement contestée, notamment par les représentants de l’association de Glinde. Ils considèrent que si le propos de la réconciliation franco allemande est aujourd’hui derrière nous, il n’en reste pas moins que le jumelage est un moyen très intéressant de découvrir concrètement les différences entre les peuples et en définitive de favoriser l’apprentissage de l’altérité et de la tolérance. C’est ainsi que l’association permet régulièrement l’échange de jeunes, qui peuvent apprendre à relativiser leur propre situation, par rapport à une autre réalité nationale. En outre, si la prévention du risque de guerre n’est plus la préoccupation première, la construction d’un esprit européen devient une nécessité, (que les derniers rebondissements politiques mettent en exergue), si l’on veut voir naître une véritable solidarité européenne.
Le débat, qui suit, met en évidence qu’il n’y pas lieu d’opposer les deux visions, qui ont, toutes les deux leur justification et qui dans certaines conditions peuvent d’ailleurs se rencontrer :
- Le jumelage traditionnel garde sa pertinence pour favoriser l’esprit de tolérance et développer une réelle solidarité européenne
- Il est aussi important, de favoriser l’aide au développement, car la coopération entre communes qui est au plus près des réalités, peut être particulièrement efficace. Cependant, la coopération ne s’improvise pas, elle est beaucoup plus complexe que les activités du jumelage classique. D’ailleurs l’expérience de Bouguenais montre qu’il est hautement souhaitable de s’inscrire dans le cadre, ou de bénéficier du soutien, d’organisations internationales, pour prévenir des erreurs que la seule bonne volonté ne suffit pas à éviter
- Par ailleurs, les représentants de Bouguenais font valoir que la coexistence des deux démarches est particulièrement intéressante car elle peut permettre, pourvu qu’on en ait la volonté, une fédération de plusieurs villes européennes dans le soutien concertée au développement et renouveler ainsi la perspective du jumelage.

2/ Comment impliquer davantage les Sébastiennais dans la coopération internationale ?

Les deux associations représentées, comme les représentants de Bouguenais, reconnaissent que l’impact du jumelage sur les populations locales reste limité et qu’il est difficile de mobiliser les habitants sur ce terrain. D’ailleurs, le renouvellement des adhérents, parfois vieillissants, est une préoccupation palpable, même si, en l’état, leur nombre est encore satisfaisant. Si l’existence des jumelages est bien connue des Sébastiennais, comment faire découvrir la réalité de ce qui s’y fait et sensibiliser aux activités des associations ?

A cet égard, les expériences conduites par l’association de Kaposvar sont particulièrement intéressantes. Depuis quelques temps, celle-ci a dépassé le seul cadre de l’échange de personnes, par des actions visant à mieux faire connaître les institutions et la culture de l’autre commune. C’est ainsi, qu’elle a organisé des expositions et des conférences sur l’art et l’histoire qui ont pu drainer des centaines de personnes. Il faut tout particulièrement noter le succès de sa dernière manifestation publique, où en présence du consul de Hongrie, des lectures choisies et dégustations de vins, hongrois, accompagnées de débats ont attiré plus d’une centaine de personnes, ravies de leur soirée.

C’est, sans doute, en élargissant ainsi le seul propos des voyages ou de l’échange de personnes à des sujets de société, culturels ou politiques, que l’on pourra trouver le moyen de développer le contact avec la population, et ainsi générer le renouvellement des adhérents.

Ceci étant, les opérations de coopération nord-sud, devraient également être bien plus développées. D’abord, en raison des besoins mais aussi, du nombre de jeunes retraités, désireux de mettre leur compétence et leur temps au service des autres. L’attitude de Bouguenais est, à ce titre, éclairante.



3/ Quelles orientations, quelles valeurs à mettre en œuvre, y a t-il un pilote de la cohérence ?

L’exemple de Bouguenais est particulièrement intéressant dans ce domaine, tant dans l’implication des élus et de tout le conseil municipal, que dans la définition de valeurs, ou de la définition d’une politique de référence élaborée dans la concertation.
La réalité sébastiennaise est très différente. Il n’existe pas une politique municipale, clairement portée et affichée par la municipalité, de nature à éclairer l’action des associations. L’office municipal qui pourrait jouer le rôle de pilote, s’il existait une politique municipale claire, n’a pour objet ou pour tradition que de répartir les subventions et accessoirement de jouer les bons offices pour tenter d’impulser certaines actions transversales. Les associations sont laissées à elles mêmes pour définir leurs valeurs et leurs objectifs. En définitive, il semble que la municipalité ne s’intéresse véritablement à ces associations que lorsqu’une de leurs actions est susceptible de lui rapporter des lauriers.
Cette situation, n’est pas sans intérêt pour les associations qui ont ainsi toute liberté pour agir. Un intervenant se demande même si ce n’est pas une bonne chose, car il estime que si cette municipalité devait s’en mêler, on pourrait craindre qu’elle le fasse sans concertation et d’une manière rigide. Néanmoins, l’opinion dominante, qui se dégage des débats, perçoit cette carence de la municipalité comme un défaut.

Pour notre association, il serait, sans doute, souhaitable, qu’il existe une véritable politique municipale des jumelages qui, dans les principes, éclaire l’action, tout en laissant aux associations la liberté de mise en œuvre nécessaire. Naturellement une telle politique ne peut avoir de légitimité que si elle est définie dans la plus large concertation, entre les villes jumelées d’une part et entre les associations et la commune d’autre part.


Faute de temps, (car à Saint Sébastien, bien qu’on loue une salle chère, il faut la libérer à 22h00 : bonjour la promotion et l’aide à la vie associative !), nous n’avons pas épuisé tous les sujets, en particulier la réflexion sur l’aide technique, la coopération : quels partenariat (coopération décentralisée, CCRE, communauté urbaine..). Cela pourra être l’objet d’une autre soirée.